Sinaï

Revue de presse du 10 mai

Ces derniers jours dans l’actualité égyptienne :

– Samedi, la cour d’appel du Caire a confirmé la condamnation de l’ancien Président Hosni Moubarak à 3 ans de prison pour corruption. Moubarak ayant déjà passé 3 ans en prison, il pourrait être libéré dans les jours qui viennent. Les peines prononcées à l’encontre de ses deux fils, Gamal et Alaa, ont été réduites de 3 à 4 ans. Jusqu’ici en liberté conditionnelle, ils ont été conduits à la prison de Tora. Moubarak est poru sa part retourné à l’hôpital de Maadi au Caire, en attendant l’annonce de sa libération par le parquet. La cour a imposé une amende de 125 million de livres et exigé que 25 millions de livres soit rendus à l’État en compensation des détournements de fonds pratiqués par la famille Moubarak. (suite…)

Revue de pressse du 28 avril

Ces derniers jours dans la presse égyptienne :

– D’après des sources militaires et des services de renseignement, l’Égypte préparerait une offensive contre l’État islamique en Libye et amasserait d’importantes forces aériennes ainsi que des troupes au sol dans le désert à proximité de la frontière libyenne, en vue d’une campagne militaire visant à reprendre la Cyrénaïque, occupé par l’EI. Des forces navales serait également en train d’être rassemblées dans les ports méditerranéens de l’Égypte, indiquant la possibilité d’un lancement de l’offensive par le débarquement de soldats égyptiens sur la côte libyenne, en particulier près de Derna, capitale de la province de l’EI. A noter que le présentateur vedette Tewfik Okasha, spécialiste des grandes prédictions sur l’avenir proche de l’Égypte (prédictions au demeurant souvent réalisées, et dont la justesse a sans doute à voir avec les relations très serrées qu’entretient Okasha avec l’appareil d’État et les services de renseignement), a annoncé le 26 avril que l’Égypte s’apprêtait à entrer en guerre et qu’il s’attendait à ce que Sissi prenne la décision de rappeler les réservistes.
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Revue de presse du 14 avril

Ces derniers jours dans la presse égyptienne :

– Le Président Sissi a approuvé une nouvelle loi punissant quiconque serait reconnu coupable d’avoir creusé un tunnel reliant le Sinaï à Gaza, d’avoir fait usage d’un tunnel pour circuler ou faire circuler des biens et des armes, ou encore d’avoir eu des contacts avec des acteurs étrangers liés aux tunnels. La peine maximale définie par cette loi est la prison à perpétuité. Pour rappel, l’état d’urgence a été imposé par les autorités dans la zone l’année dernière à la suite d’un attentat meurtrier perpétré contre les forces de sécurité. Une zone tampon a été créée à la frontière entre le Sinaï et Gaza, et l’armée annonce régulièrement avoir trouvé et détruit de nouveaux tunnels entre les deux zones. Le gouvernement tient le Hamas et les militants islamistes de Gaza pour partiellement responsables de la recrudescence du terrorisme dans le Sinaï. (suite…)

Revue de presse du 2 avril

Ces derniers jours dans la presse égyptienne :

– Selon les chiffres les plus récents publiés par Amnesty International, l’Égypte est le deuxième pays à avoir prononcé le plus de condamnations à mort en 2014, après le Nigeria. Le nombre de condamnations à mort a fortement augmenté en 2014 au niveau mondiale, et l’ONG indique que l’Égypte et le Nigeria sont les principaux responsables de cette augmentation. Le nombre de condamnations à mort prononcées en Égypte en 2013 était de 109, et a atteint 509 en 2014. Des graphiques et quelques informations générales supplémentaires sur le site d’Amnesty. (suite…)

Revue de presse du 22 mars

Ces derniers jours dans la presse égyptienne :

– L’ancien ministre de l’intérieur sous Moubarak, Habib el-Adli, a été acquitté des charges de corruption qui pesaient contre lui. Selon son avocat, il devrait être libéré de prison dans les jours qui viennent. Il avait déjà été acquitté de charges de corruption en février dernier, et acquitté en 2014 également des charges de meurtres de manifestants durant la révolution. Sur la toile révolutionnaire, les commentaires acerbes et écœurés sont nombreux (un exemple ci-dessous).

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Revue de presse du 3 février

Aujourd’hui dans l’actualité égyptienne :

– Journalistes d’Al-Jazeera : le journaliste australien d’Al-Jazeera Peter Greste, condamné à sept ans de prison en juin 2014 pour diffusion de fausses informations et soutien à une organisation terroriste, a été expulsé d’Égypte dimanche 1er février. Il retourne en Australie, où il devra cependant purger une peine de prison s’il est à nouveau condamné lors du procès en appel des trois journalistes d’Al-Jazeera. Pour une analyse plus approfondie, voir l’article du Monde ici. Mohammed Fadel Fahmy, un des deux autres journalistes emprisonnés, a annoncé avoir renoncé à sa nationalité égyptienne, ne conservant que sa nationalité canadienne et espérant ainsi pouvoir être à son tour expulsé vers le Canada. (suite…)

Dans la presse égyptienne du 30 octobre…

Aujourd’hui vendredi 30 octobre 2014, les principaux sujets relatifs aux affaires intérieures traités par la presse égyptienne sont les suivants (ce post sera alimenté au fil de la journée) :

– l’armée égyptienne a commencé à démolir des centaines de maison à Rafah, à la frontière avec la bande de Gaza, entrainant le déplacement de plusieurs milliers de personnes, dans une tentative déséspérée et désordonnée de créer une zone tampon pour mettre un terme à l’afflux de militants islamistes et d’armes dans la zone. L’ordre d’évacuer les lieux avait été donné mardi. Cette opération fait partie des mesures de réponse du gouvernement et de l’armée à l’attentat du 24 octobre. A noter que les autorités égyptiennes blâment régulièrement les militants du hamas palestinien pour les attaques qui se produisent dans le Sinaï, et ce depuis plusieurs années. Le point de passage de Rafah a d’ailleurs été fermé par les autorités dès le 25 octobre, pour une durée indéterminée. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses critiques sont adressées à cette opération, vue comme une non-solution, qui privilégie une fois de plus la logique sécuritaire sur les droits de l’homme et plusieurs photos de camions chargés de mobilier s’éloignant de la frontière circulent, de même que des photos montrant la démolition violente du quartier d’habitation évacué.

– les autorités de l’aéroport du Caire ont refusé l’entrée sur le territoire au directeur de l’Institut danois des droits de l’homme le 27 octobre.

– dans un interview à un journal saoudien, Sisi a répondu de façon très évasive à une question conernant ses éventuelles intentions de se présenter à un deuxième mandat, disant « l’Egypte est plus importante que le siège présidentielle et plus importante que la soif de pouvoir ». Il a profité de cette interview pour louer la jeunesse égyptienne qui s’implique en politique et dans la société, et conduit les changements et le destin de de l’Egypte, ignorant totalement cette autre jeunesse qui manifeste en Egypte depuis plusieurs semaines et se fait arrêter à l’intérieur même des universités.

– toujours pas de date fixée pour les élections parlementaires, troisième étape de la feuille de route qui avait été mise en place par l’armée le 3 juillet 2013 en vue d’organiser la transition. Le premier ministre a promis récemment qu’elles auraient lieu avant la fin de l’année, et une commission électorale a été formée pour prendre en charge les préparatifs législatifs et logistiques en vue des élections. Le premier ministre a aussi annoncé la formation du comité technique dont le rôle est de préparer une loi afin de redessiner les circonscriptions électorale. Sur la toile et dans les milieux politiques d’opposition, beaucoup expriment leurs craintes que les élections soient annulées au nom de la « guerre contre le terrorisme » et la nécessité de ne pas mettre l’accent sur des divisions inutiles en contexte de guerre. Les critiques et les moqueries fusent également quant aux nombreuses déclarations contradictoires des autorités quant à la tenue des élections.

– le premier ministre Mehleb a pris une décision officielle de mise en oeuvre l’arrêt du tribunal du Caire du 29 septembre 2014 interdisant les activités de l’alliance nationale de soutien à la légitimité (coalition soutenant le président déchu Mohammed Morsi) et interdisant également sa branche politique, le parti de l’Indépendance. http://www.almasryalyoum.com/news/details/558530

– le Ministère de l’Intérieur a publié une déclaration que les efforts de sécurité mis en oeuvre « contre les Frères musulmans et le terrorisme » dans les universités ont conduit à l’arrestation de 34 personnes mardi, pour « incitation à la violence ». Selon Human Rights Watch, 110 étudiants ont été arrêtés entre le début de l’année universitaire et le 14 octobre dnas plusieurs universités d’Egypte. L’Association pour la liberté de pensée et d’expression (AFTE) indique de son côté qu’au moins 230 étudiants ont été arrêtés depuis le début de l’année universitaire.

 

Plus d’infos :

http://www.nytimes.com/2014/10/30/world/middleeast/egypt-sinai-peninsula-gaza-buffer-zone.html?_r=0

http://gate.ahram.org.eg/NewsContent/13/54/552710/%D8%A3%D8%AE%D8%A8%D8%A7%D8%B1/%D9%85%D8%AD%D9%84%D9%8A%D8%A7%D8%AA/%D9%85%D8%B5%D8%B1-%D8%AA%D8%B1%D8%AD%D9%84-%D9%85%D8%AF%D9%8A%D8%B1-%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%B4%D8%B1%D9%88%D8%B9%D8%A7%D8%AA-%D8%A8%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%B9%D9%87%D8%AF-%D8%A7%D9%84%D8%AF%D9%86%D9%85%D8%A7%D8%B1%D9%83%D9%8A-%D9%84%D8%AD%D9%82%D9%88%D9%82-%D8%A7%D9%84.aspx

http://www.24.ae/article/114229/%D8%A7%D9%84%D8%B3%D9%8A%D8%B3%D9%8A-%D9%85%D8%B5%D8%B1-%D8%A3%D9%83%D8%A8%D8%B1-%D9%85%D9%86-%D8%A7%D9%84%D9%83%D8%B1%D8%B3%D9%8A-%D9%88%D8%A3%D8%B9%D8%B8%D9%85-%D9%85%D9%86-%D8%B4%D9%87%D9%88%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%B1%D8%A6%D8%A7%D8%B3%D8%A9.aspx?utm_content=buffer94192&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

http://www.masralarabia.com/%D8%A7%D9%84%D8%AD%D9%8A%D8%A7%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%B3%D9%8A%D8%A7%D8%B3%D9%8A%D8%A9/395931-%D9%81%D9%8A-%D8%B8%D9%84-%D8%A7%D9%84%D8%AD%D8%B1%D8%A8-%D8%B9%D9%84%D9%89-%D8%A7%D9%84%D8%A5%D8%B1%D9%87%D8%A7%D8%A8-%D8%A7%D9%86%D8%AA%D8%AE%D8%A7%D8%A8%D8%A7%D8%AA-%D8%A7%D9%84%D8%A8%D8%B1%D9%84%D9%85%D8%A7%D9%86-%D8%A8%D9%8A%D9%86-%D8%A7%D9%84%D8%AA%D8%A3%D8%AC%D9%8A%D9%84-%D9%88%D8%A7%D9%84%D8%A5%D9%84%D8%BA%D8%A7%D8%A1

Point sur l’attentat du 24 octobre dans le Sinaï et ses retombées

Le vendredi 24 octobre, 30 personnes, essentiellement des soldats de l’armée égyptienne, ont été tuées et plus de 25 personnes blessées lors d’un attentat à la voiture piégée dans la zone de el-Kharouba au nord-ouest d’el-Arish. L’attaque visait deux véhicules blindés à proximité d’un checkpoint situé près d’installations de l’armée. Ces véhicules contenaient vraisemblablement des munitions et des armes lourdes, ce qui expliquerait la violence de l’explosion. Un responsable de l’armée dans le Sinaï a indiqué que des lances-roquettes auraient été utilisés par les attaquants après l’explosion, en particulier pour viser les secours. D’autres responsables n’ont cependant fait aucune mention de cet élément. Quelques heures plus tard, un homme a ouvert le feu sur un checkpoint à el-Arish, faisant trois morts parmi les membres des forces de sécurité présents.

Bien que l’attentat n’ait pas encore été officiellement revendiqué, il semble s’inscrire dans la suite d’une série d’autres attentats perpétrés par des groupes militants islamistes implantés dans le Sinaï, dont le plus tristement connu est actuellement Ansar Beit el-Maqdis. Ces groupes islamistes affrontent les forces de sécurité dans le Sinaï, région historiquement négligée par les autorités, depuis plus d’une dizaine d’années, mais la violence a connu un pic après la chute de Mohamed Morsi en juillet 2013. Certains militants ont décrits ces attaques comme des représailles à la forte représsion menées par les forces de l’ordre qui sévit en Egypte depuis un an, et qui a conduit entre autres à la mort et l’emprisonnement de plusieurs centaines de supporters de Morsi et d’islamistes. Cet attentat est le plus meurtrier de l’après-Morsi.

Mesures prises par les autorités en réponse à l’attaque :

Le samedi 25 octobre, l’Egypte a instauré l’état d’urgence pour trois mois au nord et au centre de la péninsule du Sinaï. Un couvre-feu de 5 heure du soir à 7 heure du matin a également été instauré dans la zone la plus sensible au nord.

Le 27 octobre, l’agence de presse égyptienne MENA a fait état d’attaques aériennes menées par les forces armées égyptiennes depuis un hélicoptère apache dans le Sinaï contre les perpétrateurs de ces attentats. Selon l’agence, deux des reponsables supposées de l’attentat auraient été tués lors de ces attaques. Le porte-parole officielle des forces armées n’a cependant pas confirmé l’information.

Réaction de la présidence de la république :

Le président Abdel Fattah el-Sisi a réagi à cette attaque en évoquant une menace terroriste menaçant l’existence de l’Egypte et condamnant une opération »financée par des fonds étranger ». Lors d’un discours avant les funérailles des soldats tués lors de l’attentat, il a en particulier insisté sur le fait que des puissances étrangères souhaitent faire courber le dos à l’Egypte et sur l’existence d’un « grand complot » contre l’Egypte et les Egyptiens. Il a promis de prendre des mesures drastiques pour lutter contre les groupes armées, appelant également les Egyptiens à rester vigilants et fidèles à l’armée et à la police.

Au delà de la rhétorique du complot et de la guerre contre le terrorisme largement utilisée ces derniers temps en Egypte, les réponses du Président à l’attaque du 24 octobre pourraient avoir des conséquences dangereuses pour les libertés publiques dans tous le pays, en particulier étant donné le rétrecissement démocratique dont le pays est témoin depuis quelques mois (répression, condamnation de militants progressistes et de journalistes, absence de date précise pour les élections parlementaires, menaces sur les ONG…).

Réaction des Frères Musulmans :

Dans un communiqué daté du 26 octobre, les Frères musulmans ont condamné ces attaques, qu’ils ont qualifiées de « massacres », et ont exprimé leurs condoléances aux familles des victimes. Ils ont également précisé qu’ils tiennent pour responsables de ces attaques les autorités et leur échec persistant dans les domaines sécuritaire, économique et sociale, échec s’avérant particulièrement flagrant dans la région du Sinaï.

Réactions diverses sur les réseaux sociaux :

Dans une Egypte assez fortement divisée politiquement, trois types de réactions à l’attaque peuvent être distingués sur les réseaux sociaux :

– les « pro-armé » font part de leur soutien à l’armée, et postent essentiellement des messages de deuil, de solidarité et de soutien à l’armée et au président Sisi ;

– les révolutionnaires anti-armée appellent le régime à assumer sa responsabilité politique liée au fait qu’il n’ait pas pu empêcher l’attentat, et dénoncent ces attaques comme le produit logique de la répression mise en oeuvre par les autorités ;

– du côté de l’opposition islamiste, on retrouve le même genre d’arguments et une condamnation forte de la répression et du rôle de l’armée (appelée la « junte militaire » dans les dits et écrits de la plupart des islamistes). Le « Front égyptien de libération » (front formé au début du mois d’octobre par diverses mouvances islamistes) a fait circuler un tract sur les réseaux sociaux qui fait état d’un compte à rebours de 91 jours demandant de mettre un terme aux tentatives de division de l’Egypte, au meurtre d’innocents, à l’exploitation et à la tromperie des soldats et à l’action nuisible de certains dirigeants de l’armée.

Références :

http://www.aljazeera.com/news/middleeast/2014/10/egypt-blames-foreign-hands-sinai-attacks-20141025212950330850.html

http://www.theguardian.com/world/2014/oct/25/egypt-declares-state-of-emergency-in-sinai-after-checkpoint-bombing

http://uk.reuters.com/article/2014/10/26/uk-egypt-brotherhood-idUKKBN0IF08B20141026?rpc=401