ministre de la justice

Revue de presse du 12 mai

Ces derniers jours dans la presse égyptienne :

– Le Ministre de la Justice a démissionné aujourd’hui à la suite d’un propos tenu lors d’une intervention télévisée. Après avoir été interrogé sur les critères de recrutement du Ministère, celui-ci a répondu que « le fils d’un éboueur ne peut pas devenir juge », notamment parce qu’un juge doit avoir grandi dans un environnement respectable financièrement et moralement pour pouvoir assumer les responsabilités de sa fonction. Le Premier Ministre a indiqué avoir accepté cette démission par respect pour l’opinion publique. Immédiatement après ces déclarations, des campagnes avaient été lancées sur les réseaux sociaux : plusieurs groupes Facebook et plusieurs événements créés, de nombreux statuts personnels écrits, et le hashtag sur Twitter demandant le remplacement du Ministre était devenu l’un des plus utilisés en Égypte ces derniers jours. Les internautes condamnaient le racisme social et la discrimination prônée par le Ministre, une violation des principes de la Constitution et l’absence de justice réelle au sein des institutions judiciaires. Le manque de méritocratie au sein des institutions égyptiennes est un problème de longue date, évoqué par exemple par Alaa el-Aswany dans L’immeuble Yacoubian au travers du personnage de Taha, fils de concierge brillant mais refusé par l’École de police du fait du métier de son père. Dans une interview donnée à Al-Masry Al-Youm, le ministre démissionnaire maintient ses propos et justifie leur pertinence par l’état de fait qui caractérise la justice égyptienne actuellement : tous les juges sont issus au moins de la classe moyenne. L’affaire fait les gros titres de tous les journaux, qui consacrent aussi plusieurs articles aux réactions de personnalités diverses au propos et à la démission du Ministre.

– Une enquête du Ministère de la Santé qui vient d’être publiée montre que 92% des femmes mariés interrogées (entre 15 et 45 ans) ont subi des mutilations génitales (excision). L’enquête précise que l’excision a lieu la plupart du temps entre 9 et 12 ans, et qu’une minorité d’opérations est pratiquée par des médecins, la plupart étant le fait de femmes ou d’hommes sans compétences médicales. Cette pratique est largement répandue en Égypte pour des raisons qui peuvent être culturelles ou religieuses (convictions que cela est plus hygiénique, que cela refrénera les appétits sexuels de la femme et qu’elle sera ainsi plus « respectable »). Tout cela est évidemment infondé et l’excision peut au contraire avoir des effets très négatifs à la fois sur la santé et sur la sexualité des femmes. Cependant, l’enquête indique aussi que plus de 50% des femmes interrogées sont pour l’excision.