Revue de presse du 17 mai

Ces derniers jours dans la presse égyptienne :

– L’ancien Président Mohammed Morsi a été condamné à mort hier par un tribunal du Caire. La sentence n’est pas encore définitive puisque le Mufti d’Égypte doit encore donner son avis sur la condamnation et que Morsi peut faire appel. Il a été condamné en compagnie de 128 autres personnes, tous étant poursuivis pour des évasions massives de prisonniers suivies de violences.

En ce qui concerne les réactions de l’opinion publique, elles sont de différents ordres : les organisations de défense des droits de l’homme dénoncent un simulacre de justice en Égypte et la poursuite de la répression politique à outrance contre les Frères musulmans, mettant en parallèle l’annonce de la sortie de prison imminente de Hosni Moubarak, renversé en 2011 après 30 ans de dictature. Les partisans des Frères condamnent unanimement le verdict, de façon plus ou moins violente. En particulier, quelques heures après le verdict, deux juges et un procureur ont été tués par balle dans le Sinaï, près de la ville d’Al-Areesh, qui a été témoin de nombreux attentats terroristes depuis la destitution de la Confrérie. Lors des funérailles aujourd’hui, le Président Sissi a exprimé ses condoléances aux familles des victimes et réitéré sa confiance en les juges et en leur capacité de mener à bien leur noble mission en servant les intérêts de la justice. Les pro-gouvernement et les plus anti-Frères se félicitent aussi du travail de la justice et approuvent le verdict contre Morsi, qu’ils considèrent comme un criminel et un traître à la nation. Il me semble cependant que pour une petite majorité de la population, que l’on pourrait appelé le « marais résigné », c’est l’indifférence qui règne. Ce verdict était pour eux attendu et ne suscite aucune réaction particulière de satisfaction ou d’indignation.

Erdogan, Président de la Turquie, dont les relations avec l’Égypte sont particulièrement tendues depuis le renversement des Frères musulmans a dénoncé un « retour à l’Égypte antique » et accusé les pays occidentaux de « regarder en spectateurs cette exécution en Égypte ». Les États-Unis se sont dits « très préoccupés » par cette nouvelle condamnation à mort visant en particulier l’ancien chef de l’État.

– La justice égyptienne a annoncé hier aussi l’interdiction des Ultras, groupes de supporteurs de football. Cette interdiction, qui survient après plusieurs séries d’affrontements entre Ultras et forces de sécurité, lors de match de football mais aussi tout au long des événements qui se sont produits depuis la révolution de janvier 2011. Ce jugement pourrait provoquer d’importantes actions de contestation dans les jours à venir. La poursuite judiciaire contre les associations de partisans a été entamée par Mortada Mansour, le dirigeant du Zamalek Sporting Club, une des équipes les plus populaires d’Égypte. Dans sa plainte, M. Mansour a notamment rejeté sur les ultras la responsabilité des violences lors d’un match de football en février. Seize personnes, dont douze membres du groupe Ultras White Knights du club de Zamalek, comparaissent actuellement devant la justice pour ces violences.

– Le Président Sissi fait depuis quelques temps l’objet de critiques sans précédent dans les médias égyptiens. En particulier, le journal Al-Watan, pro-gouvernemental, a publié plusieurs articles mettant en évidence les obstacles aux réformes proposées par Sissi, la domination de l’appareil d’État exercée par les vieilles élites politiques et militaires de l’ancien régime, la corruption ou encore les violences policières. Le journal Al-Masriyoon a poussé plus loin la critique dans un article intitulé « L’Égypte a besoin d’une nouvelle élection présidentielle ». Les animateurs de talk-shows, émissions très regardées en Égypte, sont eux aussi plus tièdes dans leur appréciation de l’activité gouvernementale, alors qu’ils étaient jusqu’à il y a peu les principaux relais du discours des autorités. L’un de ses animateurs, Ibrahim Eissa, a par exemple rappelé au Président lors d’une émission que celui-ci faisait l’objection d’une surveillance importante de l’opinion publique, en droit de lui demander de rendre des comptes. Cette vague de critiques, dont les exemples précédents donnent un aperçu, suscite de nombreux questionnements chez les Égyptiens. En l’absence de raison claire à ce retournement, les rumeurs courent : certains parlent de pressions extérieures sur les médias égyptiens (sans savoir lesquelles et pourquoi en général), d’autres pensent que ce sont les autorités elles-mêmes qui auraient provoqué ces critiques pour donner l’illusion de l’existence d’une liberté de la presse dans le pays, d’autres encore se demande si quelque chose d’important n’est pas en train de se tramer dans les coulisses de l’appareil d’État avant d’être exposé au public.

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