Mois: décembre 2014

Revue de presse 28 décembre

Ces derniers jours dans la presse égyptienne :

– un procès est intenté à l’écrivaine Fatma Naoot pour « insulte à l’islam » après que celle-ci ait écrit en octobre 2014 « Joyeux massacre » sur sa page Facebook le jour de l’Aid, condamnant le massacre d’animaux à cause d’un « cauchemar » qu’aurait fait le Prophète. Le procès devrait avoir lieu le 28 janvier. La constitution interdit toute insulte faite aux trois religions monothéistes.

– un tribunal a réduit de trois à un an la peine de prison infligée aux huit hommes condamnés pour incitation à la débauche car ils avaient publié sur Youtube la vidéo d’un simulacre de mariage homosexuel.

– le procès de Mohamed Morsi et 14 autres membres importants des Frères musulmans reprend aujourd’hui. La séance devrait être consacrée aux arguments de la défense de l’un des accusés, Ahmed Abdel Atty.

– on attend aujourd’hui le verdict du procès dit de l’Ittihadya. Sont jugés 24 personnes qui ont participé à des manifestations non-autorisées devant le palais présidentiel l’année dernière, dont les activistes/défenseurs des droits de l’homme Yara Sallam et Sanaa Seif. Update (14h30) : le verdict est tombé, le tribunal a réduit la peine de prison initiale de trois ans à deux ans.

– Le procès en appel des journalistes d’al-Jazeera emprisonnés devrait avoir lieu le 1er janvier 2015. Le procès de Alaa Abdel Fattah et 25 autres activistes pour participation à des manifestations non-autorisées devant le conseil de la Choura il y a un an doit reprendre le 10 janvier.

– le Ministère de la culture a interdit la projection en salle du film Exodus:Gods and King sur la fuite des juifs hors d’Egypte, du fait « d’imprécisions historiques ». Le ministre a indiqué que le film était « sioniste ».

– la plupart des medias se félicitent du succès de la récente visite de Sissi en Chine et de la signature d’un partenariat stratégique. Le partenariat comprend notamment une forte augmentation des investissements chinois en Egypte, en particulier en matière d’infrastructures et d’énergie, ainsi que la formation d’un comité spécialisé sur les affaires de défense, autrement dit une augmentation de la coopération entre les deux pays en matière de défense et de sécurité. Hassanin Heikal, intellectuel de renom en Egypte, voit le renforcement de la relation sino-égyptienne comme un pas vers l’inclusion de l’Egypte dans le groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, ie les puissances dites « émergentes »). Ce rapprochement avec la Chine, à l’heure où les Etats-Unis semblent mettre un terme à une petite guerre froide avec le régime égyptien (reprise des livraisons d’hélicoptères, envoi d’un ambassadeur au Caire après un an de vacance du poste) semble être aussi un signal de la part du Président Sissi, indiquant qu’il compte bien continuer à faire ce qu’il veut et garantir une relative indépendance de son pays vis-à-vis des Etats-Unis par le biais de ce partenariat, mais aussi du renforcement de sa coopération avec la Russie. A noter que l’opinion publique, qui exprime régulièrement un fort anti-américanisme, se réjouit également de ce rapprochement avec la Chine.

– un article du Guardian (en anglais donc) qui récapitule les lois et décrets « autoritaires » publiés en Egypte depuis le renversement de Morsi ici : http://www.theguardian.com/world/2014/dec/26/sp-egypt-pillars-of-freedom-crashing-down/print.

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Revue de presse 21 décembre

Ces derniers jours dans la presse égyptienne :

– le chef des renseignements, Mohamed Farid el-Tohamy, a été démis de ces fonctions dimanche et remplacé par son adjoint. Mohamed Farid el-Tohamy est en quelque sorte le mentor du Président Sissi (ils travaillaient tous deux dans les renseignements militaires sous le régime de Moubarak). Par ailleurs, el-Tomhamy est un tenant de la ligne dure et de la répression contre les Frères musulmans. Les raisons officielles invoquées pour ce limogeage sont des raisons de santé. Reste à voir si ce changement a une signification particulière quant à la ligne politique du régime actuel.

– l’Egypte a reçu la semaine dernière 10 hélicoptères Apache américains. Cette reprise des livraisons, interrompues en 2013 après le renversement du Président Mohamed Morsi, est interprétée par la presse comme un signal fort sur l’amélioration des relations entre Egypte et Etats-Unis et une marque de soutien (très attendue) des Etats-Unis au Président Sissi et à son régime. Un autre signe de l’amélioration des relations entre les deux pays est l’arrivée jeudi d’un nouvel ambassadeur américain au Caire. Le précédent avait quitté son poste il y a plus d’un an.

– l’Egypte a reçu samedi un envoyé qatari, dans le cadre du processus de réconciliation en cours entre les deux pays, mené sous l’égide de l’Arabie Saoudite. Les relations entre Qatar et Egypte sont tendues depuis le renversement de Morsi et de son gouvernement, dont le Qatar était un allié et un bailleur de fonds de premier plan. Pour le Qatar, ce rapprochement fait suite à un isolement grandissant sur la scène internationale et arabe, et à une série de pressions internationales (Emirats, Arabie Saoudite, Etats-Unis). Quant à l’initiative saoudienne, elle s’explique en particulier par une volonté des pays du Golfe de s’unir pour faire face à une « menace commune », l’Iran.

– les forces de sécurité ont annoncé ce matin avoir arrêté plusieurs éléments fréristes qui préparaient une série d’attaques sur les églises lors des cérémonies de Noël pour « semer le chaos » dans le pays.

– la question de la chasse aux homosexuels et aux athées lancées par le gouvernement continue à faire débat sur le web, en particulier sur les réseaux sociaux. Un article en français sur le sujet sur le Point Afrique http://afrique.lepoint.fr/actualites/egypte-homosexuels-athees-la-chasse-est-ouverte-20-12-2014-1891345_2365.php#xtor=CS2-241

Revue de presse du 15 décembre

Dans la presse égyptienne aujourd’hui :

– tension chez les intellectuels : vendredi 12 décembre, dans le cadre d’un entretien télévisé avec la présentatrice Lamis el-Hadidi, Hassanin Heikal, un des journalistes et écrivains les plus reconnus d’Egypte, ancien conseiller de Nasser et soutien du Président Sissi, a demandé au Président de mener la révolution jusque dans son propre régime, indiquant que la période récente avait vu réapparaître de nombreux symboles de l’ancien régime de Moubarak. Il a en particulier critiqué le verdict du procès Moubarak. De nombreux autres intellectuels ont commenté ces propos, ce qui laisse apparaître une fracture au sein de ce groupe. Alors qu’autour du 3 juillet 2013, Sissi avait fait l’unanimité chez ces intellectuels dits « libéraux », leur position semble aujourd’hui plus complexe. Ainsi, le docteur Mostafa el-Fiqi, un important penseur politique égyptien a appuyé les propos de Heikal sur la nécessité de lancer une révolution pour transformer le régime, et le besoin pour l’Egypte de faire un « grand saut », sous la conduite de président Sissi (notons au passage que l’opposition n’est donc pas totale, les propos de ces intellectuels visent plutôt à orienter un régime dont ils ne contestent pas la légitimité). De même, le cinéaste Khaled Youssef a soutenu les propos de Heikal, évoquant notamment des problèmes liés à la corruption, au recul du rôle des partis politiques et des voix de l’opposition. Il a cependant ajouté que la vision du Président Sissi est conforme aux aspirations de la révolution, mais qu’elle fait face à des obstacles auxquels il faut s’attaquer. ِParallèlement, Hassanin Heikal fait face depuis vendredi à de nombreuses attaques et critiques. Ainsi, l’avocat de Moubarak l’a accusé de « diffuser des rumeurs dont le but est la chute du régime et de l’Etat ». D’autres tentent de minimiser l’importance de Heikal en tant qu’intellectuel et conseiller du prince, tel que Ahmed Moussa ou Adel Hamouda, indiquant qu’il est dépassé et n’a plus le rôle qu’il avait à l’époque de Nasser, qu’il se veut proche des dirigeants mais que sa relation avec Sissi ne se résume qu’à une conversation téléphonique de 3 heures l’été dernier.

– le « café des athées » : hier soir, les forces de sécurité ont fait fermer un café qu’ils ont décrit comme le « café des athées » dans le quartier de Abdeen, au Caire. Le café a aussi été décrit comme un repère « d’adorateurs de Satan ». Des personnes habitant au voisinage du café se seraient plaintes aux autorités des activités se déroulant dans le café. Sur la toile, les moqueries contre ces dénominations et les raisons du raid de la police sur le café sont nombreuses, voir l’article de Mada Masr ici, qui résume parfaitement l’écho de cette nouvelle : http://www.madamasr.com/news/authorities-raid-close-atheists-cafe-downtown-cairo. A noter que la question de l’athéisme est régulièrement évoquée dans le débat public comme une menace. En particulier, mercredi,  les autorités religieuses ont mis en garde les Egyptiens contre la montée de l’athéisme, indiquant que selon une étude,l’Egypte compterait 866 athées (depuis, beaucoup ont critiqué la validité de ce chiffre, qui ne serait en fait fondé sur rien de tangible). Des représentants des chrétiens et des musulmans, avec l’aide des forces de police, ont établi des comités et mis en oeuvre des campagnes pouur débarasser l’Egypte de l’athéisme. Ces mesures et attaques contre les athées, de même que celle contre les homosexuels peuvent être interprétées comme une volonté des autorités de se donner l’image de défenseurs des valeurs de l’islam et de bons musulmans. Cette posture est une constante depuis de nombreuses années, cependant il est possible qu’elle soit encore renforcée actuellement, après le court exercice du pouvoir par les Frères musulmans, dont le slogan « l’islam est la solution » et les victoires électorales ont réaffirmé l’importance capitale de la religion et de ses valeurs au sein de la population égyptienne.

Revue de presse du 14 décembre

Aujourd’hui dans la presse égyptienne :

– la plupart des journaux (El-Wafd, El-Yom, El-Sabe3, El-Masry El-Youm, Garida el-Destour) se réjouissent des dernières déclarations de Christine Lagarde, directrice générale du FMI, sur l’Egypte. Elle a indiqué hier que l’Egypte était « sur la bonne voie » et que beaucoup d’éléments positifs étaient apparus sur le plan économique dernièrement, et qu’elle espérait que l’Egypte poursuivrait dans la voie des réformes.- les autorités égyptiennes ont déféré 438 personnes proches des Frères musulamns et soutenant l’ancien Président Mohammed Morsi devant des tribunaux militaires. 139 d’entre eux sont accusés de la mort de trois policiers dans la province de Minya le 14 août 2013. Les 299 autres sont accusés de la mort de 5 civils lors d’affrontements entre islamistes et forces de l’ordre, ainsi que d’avoir brûlé le bâtiment du gouvernorat de la province de Beheira à Damanhour, le 14 août 2013 également.- terrorisme : les forces armées continuent leurs opérations anti-terroristes dans le Sinaï. Selon les chaines d’information d’Etat, la dernière leur aurait permis hier d’éliminer 10 djihadistes près d’El-Arish.- le NYT (http://www.nytimes.com/2014/12/14/world/middleeast/egypt-denies-entry-to-american-scholar-critical-of-its-government.html?_r=0) indique que Michele Dunne, ancienne diplomate et chercheuse du programme Moyen-Orient au Carnegie Endowment for International Peace s’est vue refuser l’entrée sur le territoire par les forces de sécurité à l’aéroport du Caire vendredi 12 décembre. Dans ses derniers travaux, Michel Dunne avait notamment critiqué les restrictions imposées par le gouvernement sur les ONG, ainsi que la répression menée contre toute forme de contestation politique. Le NYT rappelle qu’en août dernier, une délégation de Human Rights Watch venue présenter un rapport sur les événements de Raba’ el-Adaweya peu favorable au gouvernement s’était aussi vue refuser l’entrée en Egypte. Il rappelle aussi que Michele Dunne n’est pas la première universitaire à faire face à des mesures de restrictions : Emad Shahin, maintenant professeur à l’Université de Georgetown, a quitté l’Egypte en janvier après avoir fait l’objet de plaintes pour « espionnage », tandis que Amr Hamzawi, professeur de science politique à l’Université Américaine du Caire, a été interdit de quitter le territoire pendant plus mois et accusés d’insultes au système judiciaire.

Revue de presse des 7/8/9 décembre

Ces derniers jours dans la presse égyptienne :

– aujourd’hui, 9 décembre, la fermeture des ambassades britannique et canadienne pour raison de sécurité fait la une de plusieurs journaux. Al Masry Al Youm titre ainsi « L’Occident joue avec les ambassades.. Et l’Égypte se tourne vers la Chine ». Selon le journal, les deux ambassades procèdent à une forme d’escalade et de chantage pour obtenir les mêmes privilèges sécuritaires que l’ambassade des États-Unis, tandis que le Ministère de l’Intérieur assure qu’aucune menace spécifique n’est actuellement dirigée contre elles. Al Yom Al Sabe3 parle de « chantage diplomatique contre l’Égypte », indiquant que les deux ambassades exigent la fermeture du quartier de Garden City où elles se situent et l’interdiction pour les voitures de se garer dans une zone de 30 mètres autour de leurs bâtiments. El-Watan titre également « la contagion de la fermeture des ambassades se propage ». Al-Ahram de son côté indique également que le Ministère de l’Intérieur a confirmé l’absence de menace sécuritaire réelle. En résumé, quel que soit le journal consulté, ces fermetures d’ambassade qui restent relativement inexpliquées suscite beaucoup de questionnement, mais également de la méfiance et une forme d’agressivité de la part des médias. Elle semble être vécue comme une nouvelle provocation des pays occidentaux contre les autorités actuelles, voire la « nation » égyptienne dans son ensemble. Des sources indiquent que ces fermetures sont liées à des menaces d’attaques de l’Etat Islamique (dont la branche en Egypte est le groupe Ansar Beit al-Maqdis).

– guerre contre le terrorisme : les journaux continuent de faire étalage des succès de l’armée en matière de lutte contre le terrorisme et en particulier contre le groupe Ansar Beit el-Maqdis (démantèlement de cellules, destruction de caches d’armes, arrestations et mort de terroristes

-l’affaire des « fuites » : le 4 décembre, des enregistrements audios de conversations téléphoniques entre des officiers des forces armées et des officiels de la justice et du gouvernement. Ces enregistrements datent d’après les événements du 3 juillet mais d’avant l’élection de Sissi à la présidence. Les conversations tournent autour du lieu de détention de Mohamed Morsi : d’après la loi, il est interdit de détenir un civil dans une caserne militaire. Les participants à la conversation suggère donc de trouver un lieu pouvant être accepté par es tribunaux comme centre de détention du Ministère de l’Intérieur. Le procureur indique que les avocats de Morsi ont posé des questions à ces sujets et qu’il craint qu’il ne tentent d’invalider le procès par ce biais. Les responsables auraient ensuite proposé de transformer une partie de la base navale d’Abou Qir afin d’en faire un centre de détention dépendant du Ministère et non plus seulement une base militaire, afin de correspondre à la loi. Selon les officiels du gouvernement, ces enregistrements sont un faux, diffusés par les Frères musulmans pour influencer les juges avant la reprise du procès Morsi. Sur la toile, nombreuses sont les questions à propos de ces fuites : qui a enregistré les conversations, ? Qui est à l’origine de la fuite ? Pourquoi maintenant ? Et à qui profite la fuite ?

– la police égyptienne a procédé  une opération de raid sur un établissement de bain au centre du Caire, suspecté d’être un lieu de rencontre homosexuel. 33 hommes ont été arrêtés, suspectés de « débauche » (c’est l’accusation qui est généralement utilisé contre les homosexuels, car il n’existe pas de loi condamnant l’homosexualité elle-même). Les arrestations, qui se sont déroulées de façon brutale et humiliante (les hommes ont été déshabillés et emmenés à moitié nus dans des camions de police) font beaucoup de bruit et suscitent l’indignation sur la toile, notamment contre la présentatrice de TV Mona El-Iraqi, du talk-show El-Mestakhabi sur la chaine privée Al-Qahera Wal Nas, qui a assisté à l’intervention et publié sur sa page Facebook des photos et des commentaires sensationnalistes.

– les débats autour du verdict Moubarak se poursuivent dans la presse. Il est notamment demandé qu’il soit rejugé pour corruption durant ses 30 années au pouvoir. Le journal El-Watan du 6 décembre indique que le juge ayant prononcé le verdict d’abandon des charges contre Moubarak a laissé de côté 46 chefs d’accusation, 107 témoignages et 51 preuves du dossier lors du procès. Par ailleurs, l' »Office des gains illicites » mène une enquête sur des détournements d’argent public par Moubarak et ses fils, afin de pouvoir envisager un pourvoi en justice.

Revue de presse des 3/4 décembre

Dans la presse égyptienne les 3 et 4 décembre :

– le Président Sissi a déclaré que ses conseillers sont en train de préparer une loi criminalisant les insultes aux révolutions de 2011 et de 2013. Cette loi viserait en particulier les discours selon lesquels ces s sont le fruit d’un complot et ne résultent pas réellement de la volonté du peuple égyptien. Le journal El-Watan indique que les experts juridiques sont divisés au sujet de ce projet de loi : pour certains, il serait conforme à la constitution et viserait à protéger la révolution et les révolutionnaires, tandis que pour les autres, il contrevient à la liberté d’expression et au texte de la Constitution.

– un rapport de la compagnie d’audit Ernst and Young sorti le 1er décembre décrit le secteur privé égyptien comme le plus corrompu au monde. En particulier, plus de 44% des directeurs exécutifs, contrôleurs financiers et responsables d’audit interne ont cité de hauts niveaux de fraude dans leurs entreprises.

– guerre contre le terrorisme : un sommet organisé par Al-Azhar se tient en ce moment au Caire et regroupentde nombreux chefs religieux et cheikhs musulmans de 120 pays, ainsi que quelques représentants de communautés particulièrement visées par le terrorisme (le pape Tawadros a par exemple participé à l’ouverture du sommer). Le sommet s’intitule « Al-Azhar face à l’extrémisme et au terrorisme » et vis à produit un rapport final et des recommandations pour combattre le terrorisme. Le sheikh Ahmed el-Tayyeb, leader religieux d’Al-Azhar, a condamné hier la barbarie de l’Etat Islamique et leur détournement des principes et idées de l’islam. Il a demandé que la coalition internationale formée contre l’EI de confronter les pays qui soutiennent le terrorisme militairement e financièrement, tout en soulignant la responsabilité de tous dans l’émergence de l’extrémisme et la formation d’organisation telles qu’Al-Qaeda.

– 188 personnes accusées de soutenir les Frères musulmans ont été condamnées à mort par un tribunal égyptien le 2 décembre (trois jours seulement après l’acquittement de Moubarak rappelons le), au motif qu’ils auraient participé au meurtre de policiers lors d’une émeute il y un an. D’après le New York Times (http://takingnote.blogs.nytimes.com/2014/12/03/another-mass-death-sentence-in-the-new-egypt/?_r=0), aucun effort n’a été entrepris pour prouver qu’un ou plusieurs accusés étaient directement et personnellement impliqués dans la mort des policiers.

– j’avais signalé dans ma revue de presse du 30 novembre que le verdict du procès Moubarak avait contribué à faire bouger certaines lignes, comme en témoignait la participation aux manifestations contre le verdict de Mohammed Attya, porte-parole de la campagne Tahya Masr de soutien à Sissi. La réaction à ce mouvement n’aura pas tardé. Egypt Independent (http://www.egyptindependent.com//news/prosecution-reviews-complaint-against-celebrities-who-criticized-mubarak-sisi) indique aujourd’hui que le parquet égyptien a décidé d’examiner une plainte déposée par un avocat contre Mohamed Attya, l’accusant d’avoir participé à des manifestations non-autorisées et de provocations contre l’armée. Il est aussi accusé de collaboration avec des services de renseignements étrangers par le biais de groupes travaillant pour les droits de l’homme. Voilà qui ressemble bien à un avertissement, si ce n’est une punition.

– je signale aussi une information qui date un peu mais qui me semble importante à relever : sur la toile et les réseaux sociaux, le bruit court que les autorités égyptiennes auraient elles-mêmes contribué à faire enfler les rumeurs concernant les manifestations islamistes annoncées pour le 28 novembre (un flop en réalité) et ce afin de pouvoir déployer de nombreuses forces de sécurité en prévision des réactions au procès Moubarak du lendemain (29 novembre).

– pour terminer, un article en français ici http://blog.mondediplo.net/2014-12-03-Retour-sur-l-acquittement-de-Hosni-Moubarak par Alain Gresh sur l’acquittement de Moubarak, dans lequel Actu Egypte a l’honneur d’être cité.

Les réactions au verdict du procès Moubarak – 2 décembre

Après l’annonce du verdict, environ un millier de personnes (difficile d’être précis sur les chiffres) se sont rassemblées place Tahrir et place Abdel Moneim Ryad en centre-ville, malgré les importants déploiements de sécurité et le blocage d’une partie des entrées de la place, pour protester contre une décision symbolisant pour beaucoup la mort de la révolution de 2011. Parmi les slogans entendus sur la place, « le peuple veut la chute du régime militaire » a fait son grand retour, aux côté de « A bas le régime Sissi-Moubarak ». Seuls les révolutionnaires de 2011, les familles et amis des martyrs et blessés de la révolution étaient présents sur la place. Les Frères musulmans ont annoncé vouloir rejoindre les manifestants en début de soirée, et certains l’ont peut-être fait de façon individuelle, mais aucune marche Frères n’est finalement arrivée jusqu’à la place. Deux scénarios étaient envisageables, une alliance ponctuelle contre le régime militaire, ou au contraire des affrontements. D’autres manifestations ont eu lieu ailleurs dans le pays (Alexandrie, Suez, Port-Saïd). Très rapidement, les forces de l’ordre ont tenté de disperser les manifestants à grands renforts de gaz lacrymogène et de canons à eau. Le bilan est de 2 morts (apparemment tués par balles), d’au moins 9 blessés et de dizaines d’arrestations. Des manifestations, de moindre importance, se poursuivent chaque jour en début de soirée à Abdel Moneim Ryad. La participation aux manifestations reste pour le moment faible, ce qui peut s’expliquer par deux raisons à mon avis : la peur de la répression dont le régime peut user, le manque de mobilisation de beaucoup de citoyens, relativement indifférents au verdict et plus préoccupés par la stabilité que le régime actuel promet de leur offrir.

Voici une liste de réactions (quelque peu en vrac) dans les journaux égyptiens et sur les réseaux sociaux :

– Le journal Al-Ahram écrit ainsi que « ce verdict va rassurer les forces de police sur l’absence de poursuites légales en cas d’usage de la force contre les manifestants ». Il indique aussi que les anciens dirigeants ou hommes importants de l’ancien régime  se sentir pourraient se sentir encouragés par le verdict au point d’envisager une victoire aux élections législatives en 2015. La rumeur court que Ahmed Ezz, ancien président du Parti National Démocratique (PND, parti de Moubarak), qui a été acquitté des charges de corruption qui pesaient contre lui, commencerait à mobiliser ses ressources et ses réseaux, visant une majorité au Parlement.

– Le Président de la République a déclaré hier que l’Egypte ne « reviendrait pas en arrière » après l’abandon des charges contre Moubarak. Le communiqué publié par la présidence indique ainsi que « La nouvelle Egypte, qui est le résultat des deux révolutions du 25 janvier (2011) et du 30 juin (2013), se dirige vers l’établissement d’un Etat démocratique et moderne, fondé sur la justice, la liberté, l’égalité et la lutte contre la corruption ». Pour donner un os à ronger aux révolutionnaires descendus dans les rues pour protester, le Président a ajouté qu’il prévoyait de revoir les compensations versées aux martyrs de la révolution et qu’il avait demandé à un comité législatif de se pencher sur les modifications du code pénal suggérées par le tribunal en charge du procès Moubarak, qui dit avoir abandonné les charges notamment du fait de points de procédures peu clairs.

– Moubarak a réagi à la décision du tribunal lors d’un entretien téléphonique pour la chaîne Sada El-Balad TV, se disant innocent et la conscience tranquille. Un selfie, considéré comme la première photo prise du Président après le verdict a largement circulé, de même qu’une photo de l’ancien président saluant la foule depuis la fenêtre de l’hôpital militaire où il purge sa peine de 3 ans pour corruption (il devrait donc en sortir, entièrement libre, dans 11 mois).

– Les jeunes des Frères musulmans ont publié une déclaration le 1er proposant aux jeunes révolutionnaires de s’unir à eux pour lutter contre le régime militaire, au delà des divergences idéologiques. Le porte-parole du  mouvement du 6 avril qu’il ne souhaitait pas s’allier à, ni même négocier avec les Frères.

– Dans la presse (notamment les journaux Shorouk, Al Yom al Sabe3 et et sur internet, on trouve beaucoup de variations sur le sujet « Qui a tué les manifestants ?). Ces variations peuvent être divisées en deux catégories principales : celles, à mon sens majoritaires dans les médias officiels (journaux, TV), qui refusent de critiquer la justice et accusent au contraire les Frères musulmans, le Hamas et les islamistes d’avoir agi dans le cadre d’un complot pour faire tomber l’Etat égyptien ; celles qui accusent un échec de la justice (voir point suivant).

– Parmi les opposants au verdict et bon nombre d’analystes, dans certains journaux, mais surtout sur blogs et réseaux sociaux, on dénonce la mort de la révolution, une gigantesque blague, la politisation de la justice, le triomphe de l’Etat profond et de ses organes de presse. La nécessité de réformer en profondeur le système judiciaire égyptien pour garantir son indépendance est souvent mentionnée. Selon Karim Bitar, spécialiste du Moyen-Orient, l’abandon des charges contre Moubarak s’apparente à « une mascarade judiciaire » qui indique que le régime « ne prend même plus la peine de sauver les apparences » (voir http://www.jeuneafrique.com/actu/20141130T164733Z20141130T164708Z/moubarak-blanchi-indifference-et-desillusion-en-egypte.html). Beaucoup dénoncent aussi cette majorité d’Egyptiens ayant participé à la révolution de 2011 pour faire tomber Moubarak et soutenant maintenant Sissi sans protester contre le renforcement autoritaire autoritaire qui se produit actuellement. Certaines lignes semblent cependant bouger, et la décision du tribunal semble avoir faire réaliser à certains le retour à l’ancien régime qui se produit depuis plusieurs mois, comme en témoignent par exemple les protestations de Mohamed Attya, porte-parole de la campagne de soutien à Sissi « Tahya Masr ».

– Sur les réseaux sociaux, beaucoup de réactions humoristiques ou ironiques à la décision du tribunal, dont voici deux exemples :

 Le chanteur emblématique de la révolution, Ramy Essam, a pour sa part sorti une nouvelle chanson intitulée « Le règne du maquereau » (ie Sissi), reprenant le clip d’une chanson à la gloire du Maréchal-Président datant de la campagne présidentielle de 2014. Il souligne le fossé entre les promesses du Président et la situation actuelle, entre autres « Nous nous sommes débarrassés d’un maquereau [Moubarak] pour en avoir un autre [Sissi]. Son chemin est pavé du sang des martyrs de la révolution. »
 – Le Procureur général de la République a ordonné qu’il soit fait appel du verdict ce matin (source ici : http://english.ahram.org.eg/NewsContent/1/64/116985/Egypt/Politics-/Breaking-Egypts-Prosecution-files-an-appeal-agains.aspx).
Les réactions au verdict sont évidemment très nombreuses, et ce billet ne prétend pas les épuiser toutes, n’hésitez donc pas à compléter en ajoutant en commentaire des liens vers des articles, des tweets ou des vidéos.